Encriers

Updated: Oct 16, 2020

A partir de chiffons encrés par les imprimeurs qui nettoient leurs presses, encres gaspillées, résultat du débordement de la main généreuse, éblouissant chaos de bavures prégnantes, je fais de la peinture. Ces chiffons ont eu une première vie, sur des tables, dans des lits, sur des corps d’hommes et de femmes : ils sont porteurs d’un premier sens secret, intime, à présent caché, oublié, perdu, puis d’un sens littéral, celui des premiers mots couchés sur la page, à présent lui aussi indéchiffrable mais que je veux déchiffrer. Comme l’encre imprègne le tissu, je pénètre peu à peu dans l’envers du décor ; je ranime couleurs, trames et fils fatigués, torturés par l’usage. Mettre du sens dans ces « à-côtés » participe aussi de l’écriture, revient à revisiter la pièce qui s’est déjà jouée mais en braquant cette fois les feux de la rampe sur les rôles secondaires, une fois n'est pas coutume! Pour ce faire je découds, je re-dessine, je re-coupe, je déchire, je re-cadre -- je façonne le tissu ; à peine un titre vient-il suggérer une interprétation, laissant le sens en suspens…  LC


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D’abord fibres naturelles, puis œuvres manufacturées, passées plusieurs fois   par la main de l’homme (tissage), le corps de l’homme (linge), puis rebuts soumis à la  brutalité de la machine (rotati